East Side Story : Berlin et sa galerie
En 1990, au lendemain de la chute du mur de Berlin, plus d’une centaine d’artistes internationaux se mobilisent pour peindre des fresques sur le plus grand tronçon de mur encore debout : l’East Side Gallery est née. A l’heure de l’anniversaire de la chute du mur, je vous propose un éclairage sur la plus grande récupération artistique d’un monument historique.
Le baiser et la Trabant
Long de 1,3 kilomètres, le mur de Mühlenstraße est riche d’une centaine de fresques, la première étant réalisée par Christine Mac Lean en 1989. Parmi les œuvres les plus célèbres, le baiser fraternel de Brejnev et Onecker immortalisé par l’artiste russe Dimitri Vrubel, ou encore la Trabant sortant du mur, habillent l’ancien édifice symbole de la guerre froide.
(Photo : René Ehrhardt – CC)
Invité en 1986, Keith Haring avait lui-même peint le mur de Berlin, mais son œuvre a été recouverte par d’autres peintures. Le site officiel de l’East Side Gallery liste tous les artistes ayant œuvré sur le mur.
Entre mémoire et controverse
Bien que protégée depuis 1992 au titre d’œuvre d’art globale, l’East Side Gallery, son mur et ses squats sont inquiétés par le projet immobilier Mediaspree, soutenu par la ville et le sénat de Berlin. 40 m du mur ont même été déplacés en 2008 pour ouvrir la vue sur l’02 Arena, complexe multifonctions et symbole du divertissement, ironiquement situé dans l’ex R.D.A. La galerie n’est également pas du gout de tous les allemands : nombre d’entre eux souhaiteraient tourner la page, et ainsi voir disparaitre un mur symbole d’une époque tourmentée. Ainsi, lorsque se pose le débat de la rénovation des fresques, seuls 25% des allemands interrogés en 2007 y étaient favorables. Oublier ou se souvenir ? Telle est l’incessante question qui tourmente Berlin.
Un lifting au poil (de pinceau)
Pour la plus grande galerie à ciel ouvert du monde, le revers de la médaille ce sont les intempéries et la pollution qui ont considérablement entamé les œuvres. Le vandalisme des touristes désireux de ramener un bout de mur n’a fait qu’empirer les choses. Et les taggers sans talents, ont fini d’assombrir le tableau. La décision fut prise par le collectif de l’East Side d’effacer les peintures afin de procéder à l’assainissement du mur, avant de recréer les œuvres.
Vrujbel repeignant le baiser Brejnev/ Onecker (Photo mitrich – CC )
La restauration des œuvres était en effet rendue impossible comme l’explique l’artiste iranien Kani Alavi : « La peinture que nous avons utilisé au début des années 90 était de mauvaise qualité. Nous l’avions acheté bon marché, mais ça ne convenait pas pour un usage extérieur ».
La galerie sur la toile
En attendant d’arpenter les pavés berlinois, il vous est toujours possible de déambuler virtuellement le long du mur : le site e-cityvisit.com propose en effet une balade numérique le long de la East Side Gallery et de ses fresques.
Pour les inconditionnels du gazouillis, rendez vous sur le Berlin Twitter Wall : en plus de la possibilité de tagger de tweets les œuvres du mur, il est possible d’admirer recto/verso chacun des dominos peints par les écoliers allemands et utilisés lors de la commémoration du 09 novembre 2009. L’occasion rêvée pour tweeter un dernier : « Wir sind Brüder, wir sind Berliner » !




